Santé mentale: au cours des prochaines années, il faudra redoubler d'efforts

Le budget 2024 et encore plus ceux à venir devront traduire un effort accru dans les soins de santé mentale, estime le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, à la lumière des premiers résultats de la réforme qu'il a entamée avec le secteur au début de l'an passé.

L'ancien système fondé sur des soins de santé mentale plus coûteux et hautement spécialisés a cédé la place à des soins plus accessibles, sans prescription et avec un ticket modérateur limité basé sur l'idée de la première ligne: une approche dans l'environnement de vie, avec des lieux d'accroche pour les enfants, les jeunes et les adultes. Il s'agissait en que lque sorte de faire sortir le psychologue de son cabinet et de développer une coopération avec d'autres acteurs comme les généralistes, les écoles, les mouvements de jeunesse, les CPAS, etc. à même de déceler certains signaux et d'orienter à temps la personne vers l'aide appropriée. Un budget de 165 millions d'euros a été dégagé.

La réforme vise deux problèmes en particulier. Les "besoins non rencontrés", c'est-à-dire les personnes dont les troubles ne sont pas traités: souvent un délai de dix ans s'écoule avant que le patient ne cherche de l'aide. Et les "besoins surrencontrés": recours trop rapide à des soins spécialisés, voire une hospitalisation.

Une première évaluation a été menée par les professeurs Ronny Bruffaerts (KU Leuven) et Fabienne Glowacz (ULiège). Avec près de 150.000 patients traités par an, une hausse du nombre de patients qui n'ont jamais été traités auparavant est constatée, de même qu'un report de soins moindre. La moitié des cas consistent en un trouble sévère, trois patients sur dix sont considérés comme vulnérables (précarité économique, sans formation, parents isolés, chômage, etc). Dans quatre cas sur dix, il s'agit du premier traitement et un tiers a déjà été traité dans l'année précédan t la prise en charge de première ligne.

Les résultats cliniques semblent au rendez-vous: après une période moyenne de 4 ans de problèmes mentaux, les symptômes diminuent après 6 séances en moyenne et la qualité de vie ainsi que la résilience des patients augmentent pendant au moins 6 mois après le début du traitement.

"La conclusion la plus importante, c'est qu'il faut continuer à réformer. Je vais plaider pour que l'on investisse plus dans les soins mentaux, y compris dans le budget 2024. Et sous la prochaine législature, il faudra encore considérablement investir", a souligné le ministre.

Quelques recommandations assortissent le rapport. M. Vandenbroucke a demandé au comité de pilotage de la réforme de plancher d'ici la fin de l'année sur plusieurs points, dont une stratégie pour toucher certains groupes cibles et développer les approches de groupe, l'élaboration d'un questionnaire pour mieux orienter un patient et suivre son trajet de soins, ou encore la mise au point d'un outil de gestion au niveau de la population pour établir, par exemple, une cartographie des besoins.

Les Mutualités chrétiennes ont réagi positivement à cette première évaluation. "C'est un bon début, mais les consultations de première ligne en psychologie devraient être gratuites pour les enfants et les jeunes", a souligné la vice-présidente, Elisabeth Degryse, dans un communiqué. "Nous voulons influencer la politique de santé publique de manière à ce que d'ici 2030, personne ne reporte les soins de santé mentale pour des raisons financières ou autres. Les listes d'attente doivent disparaître et l'accessibilité doit être renforcée".

> Découvrir le rapport

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